Théâtre
& Formes

SELVE - forêt, Sylvana, territoire

La Guerre des Natures Tome - 2 -

L’Anthropocène nommée, la guerre des natures débutée il y a cinq siècles se poursuit. Au fil d’une série de portraits glanés dans le monde, ce sont quelques histoires contemporaines de cette lutte que le GdRA raconte et met en scène. Après LENGA créé au Théâtre de Vidy à Lausanne en 2016, qui invitait au plateau Lizo James, Xhosa d’Afrique du Sud, et Maheriniaina Ranaivoson, Merina de Madagascar, le deuxième épisode SELVE est le récit théâtral d’une femme amérindienne Wayana. 

Appelons cette femme Sylvana. Le mot Selve et le prénom Sylvana partagent la même étymologie : forêt. Imaginons que Sylvana ait vécu jusqu’à l’âge de 16 ans dans le village Wayana d’horticulteurs-pêcheurs-chasseurs-cueilleurs sédentarisés à Taluen, en forêt amazonienne Guyanaise. Elle étudie de nos jours les lettres modernes à l’Université de Cayenne. SELVE s’écrit après des temps d’entretiens réalisés chez elle, au bord du fleuve Litany d’Amazonie Française. Les discussions seront filmées en langue Wayana et fabriqueront une littérature orale, à destination d’un théâtre de la Personne joué en Europe. Cette rencontre avec une jeune femme Wayana est médiée par Nicolas Pradal, réalisateur avec Pierre Selvini de plusieurs films dont Anuktatop à Taluen. Dans cette fiction documentaire, de nombreux jeunes Wayana disent à leur façon et avec les auteurs, la fragilité d’un monde aux horizons incertains, en prise avec le multiculturalisme, entre héritage et innovation, langues et traditions diverses.

Ailleurs en Amazonie, en novembre 2016, six garimperos brésiliens clandestins furent tués, fléchés par un clan Yanomami dans la province du Roraima. Le leader Yanomami Davi Kopenawa, mainte fois menacé de mort bénéficie d’une protection policière rapprochée. De nos jours encore, des leaders amérindiens sont assassinés froidement. La situation des «natifs» d’Amérique reste peu considérée. Kopenawa et d’autres caciques rappellent fréquemment la destruction de leur environnement par l’avancée des blancs «mangeurs de terre», l’orpaillage et la déforestation. Ils insistent sur le lien qui unit leur langue, le territoire, la forêt, les fleuves.

Comment Sylvana souhaite prendre la parole depuis son peuple Wayana, où les adolescents se suicident avec un taux supérieur de 20% à la moyenne nationale française – on parle, comme pour les indiens Guarani du Mato- Grosso au Brésil, d’une épidémie de suicide en Guyane – dont les villages pollués au mercure d’orpaillage traversent de graves crises sanitaires entrainant maladies, handicaps et malformations, et dont la population fragile s’est stabilisée à 1600 membres sur trois pays ? Pleinement vivante dans la modernité, connectée à son profil Facebook et à ses outils numériques, passionnée de musique R’n’B et afro-américaine, intéressée par les traditions chamaniques et culturelles de sa famille, admiratrice d’une certaine idée de la France, fière de son appartenance Wayana, de sa féminité et de son département Guyanais, aimant l’écriture et les lettres françaises tout autant que sa langue maternelle Carïbe, comment Sylvana nous apprend la résilience personnelle en situation d’adversité ? 

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