Théâtre
& Formes

Au milieu des terres

Création 2023 / Recherche de partenaires en cours

Elle est notre mer, au milieu des terres, où nous allions depuis les collines du nord sentir l’iode et le sel, le charbon, les sardines, le feu, nous baigner en famille
puis plonger au loin, un jour découvrir un bateau et naviguer un peu. Nos anciens qui ne l’avaient jamais vu la découvraient de la plage, habillés en vestons et chemises à manches courtes. Ils n’y trempaient pas les pieds. Cet horizon, cette trouée de vacances ouverte vers tous les imaginaires de l’autre côté, était notre paysage l’été, le temps du bungalow et de la piqûre des vives, un rêve éveillé qui nous brûlait et cloquait la peau.

Aujourd’hui encore, notre mer au milieu des terres nous appelle. Comment pense-t-elle et que dit-elle ? Quel personnage est-elle sur scène ? Quel corps ? Une acrobate marocaine déchire l’espace d’une vague, elle est un flux, elle est l’eau. Enza Pagliara prête sa voix, son chant et sa langue des Pouilles italiennes à la mer. Mondher Kilani, anthropologue de Tunis à Lausanne, et Catherine Jeandel océanologue française, sont les auteurs ventriloques de cette mer, essaient de penser au-delà de l’humain, pour lui prêter une parole au théâtre : un texte sur les femmes et les hommes, sur le thon et le plastique, les vocodeurs de la rive syrienne, les danses urbaines des ports, l’étouffement sous les corps, le mercure et le plomb, toujours et encore, le mercure et le plomb. Quelles sont les couleurs et les lumières de la Méditerranée ? Quelle est son incarnation scénique ? Un dispositif de néons mobiles à led la personnifie, varie les éclats, abyssaux, spectraux, vifs et clairs, bleus et verts, puis le noir profond et la lueur soudaine. En une prosopopée singulière, la mer est là, la scène se dévoue par et pour elle, et les humains parlent en son nom, à moins qu’elle ne pense à travers eux. Ils lui appartiennent, ils sont la mer.

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