Théâtre
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CONSOLO

Histoires intimes et politiques de la cuisine quotidienne et familiale

« Comment peut-on manger aussi mal dans un monde moderne pourtant si fier de son progrès ?», disait Nonna Chiarina. La cuisine est une sorte de passion familiale dont Daniele de Michele a hérité.

Économiste de formation, il travaille depuis près de vingt ans sur le rapport qu’entretiennent nos sociétés modernes à la cuisine et à la nourriture. Il voit la préparation des repas comme un don, un acte essentiel, un ciment social depuis les communautés villageoises jusqu’à nos mondes modernes.

Il s’inspire de Pellegrino Artusi, grande figure de la cuisine italienne qui a établi le concept de cuisine quotidienne et familiale. Dans son sillage, il décide de suivre sa grand-mère en cuisine avec sa caméra afin qu’elle lui livre ses secrets de recettes. Avec jubilation, il poursuit cette recherche en anthropologue et filme des grands-mères dans toute l’Italie en quête de secrets. Il découvre l’importance du geste et de l’expérience. Le corps sensible qui sait au-delà des machines.

Ces rencontres avec les Nonna lui offrent de voir la cuisine comme un voyage où recettes et aliments constituent une part immense et savoureuse de ce que l’on peut emporter avec soi. Le goût a cette vertu de nous transporter en une bouchée et s’affranchit des frontières du temps comme de l’espace. Une feuille de basilic dans la sauce tomate suffit à nous rappeler
la chaleur de l’été. Au fil de ces enquêtes, Daniele découvre la part sacrée de la cuisine. Pas une fête religieuse ne se fait sans que l’on y prépare un plat bien spécifique. Le consolo en fait partie, ce repas qu’offrent les voisins d’une famille endeuillée.

Aujourd’hui, que fait-on de ces pratiques ? Trash food, fast food, rayons de supermarchés débordant d’aliments à bas coût, viennent comme un écran masquer le coût réel de production des aliments, leurs coût social et environnemental. Frénésie de la vitesse qui déforme notre appréciation du temps.

L’enquête anthropologique menée par Danielel fait émerger un gouffre qui se creuse entre des mondes auxquels pourtant il se sent appartenir. Entre les mondes ruraux ou périphériques
et les mondes intellectuels et urbains, entre d’un côté une agriculture et des pratiques vernaculaires, et de l’autre un système de production industriel. C’est au cœur de ces polarisations que l’envie d’écrire cette pièce est née. Elle propose de questionner à nouveau les tensions palpables que la cuisine et la nourriture synthétisent autour d’un geste pourtant banal que nous faisons toutes et tous chaque jour : manger.

La dramaturgie de la pièce se fait au rythme des fourneaux : Au fil du récit, dans un dispositif vidéo live, Daniele prépare des pâtes à la main comme la Nonna. Films d’archives et portraits vidéos ponctuent la narration et soulignent l’équilibre fragile et précieux des arts de faire culinaires. Comment ces langages se trouvent, se perdent et se retrouvent, et surtout comment ils se réinventent ?

Se dessine un rapport complexe à la cuisine et à la nourriture où se croisent Top Chef, les pâtes artisanales, Instagram, Karl Marx, les droits de douane et la sauce tomate de la Nonna. 

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