Théâtre
& Formes

ROërgue

Portrait & territoire - 3 -

ROërgue est une forme composite qui s’articule autour de la danse et de l’acrobatie, du concert de musique post-rock et improvisée, de la poésie sonore et du film. Devant un écran, un comédien, un trampoliniste danseur, un batteur et un chanteur guitariste prennent une parole commune pour nous dire un texte écrit pour et à partir des Côtes d’Armor en Bretagne où des témoins – ramasseurs et collecteurs d’histoires, de langues, de fruits de mer, de chants, de lait, de plantes et d’objets – ont accepté de laisser affleurer une part d’eux-mêmes en se donnant à la caméra. La performance raconte le territoire de tout un chacun, non plus comme le résultat administré d’une opération cartographique de frontière, mais comme la liste échevelée et réticulaire d’une succession de subsistances qui permettent à la personne de tenir debout, malgré les chutes successives.

ROërgue est une des pièces les plus performatives, spontanée et improvisée du GdRA. Elle se déroule cependant comme un récit orchestré, narrant les lieux et les gens et laisse à voir quelques portraits filmés et regards de personnes emplis à la fois d’opacité et de transparence. Une réflexion performative, énergique, jubilante et débridée sur la notion de « territoire ». Une proposition de portraits vifs et musicaux.

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MOUVEMENT – 2012 – JULIE BORDENAVE

« Avec ROërgue, le GdRA inaugure un nouveau volet de son cycle Experts du vécu : ce vocable imaginaire, symbolisant « un territoire imaginé, comme tous les territoires sans doute », part du postulat que « tout territoire, avec ses spécificités historiques et culturelles ancrées, n’est que le fruit de ce que ses habitants et ses observateurs en font et en disent, qu’il est aussi une imagination[…] Le territoire est une réalité relationnelle vivante qui questionne la politique des cartes, étaie le metteur en scène Christophe Rulhes. Un territoire, c’est d’abord la liste des entités dont on dépend ; les territoires sont ces liens invisibles qui unissent humains et non-humains » : sur le plateau immaculé, la prosodie du comédien Sébastien Barrier s’adapte au ressac de l’Océan qui rythme la vie du littoral costarmoricain, pour esquisser douze parcours de vie qui en constituent le territoire : famille de pêcheurs, boxeur, danseurs traditionnels, jeune immigrée de Mayotte… Les artistes du GdRA s’enhardissent à prendre le large, s’autorisant à desserrer ou resserrer à l’envie le lien qui les unit aux personnages, ces interlocuteurs trônant sur l’écran géant qui les domine au plateau. Gageure de ROërgue : pour les artistes, il s’agit toujours d’incarner artistiquement un territoire, mais cette fois par le biais quasi exclusivement sonore. L’acrobate Julien Cassier abandonne un temps le langage du corps pour s’affairer aux consoles ; le batteur Camille Gaudou rejoint le collectif pour accompagner les guitares saturées qui côtoient les chants bretons. Après avoir délivré les clés de sa démarche dans ses deux premiers spectacles (Singularités OrdinairesNour), et avant le 3e volet de son Triptyque de la Personne (SUJET), le GdRA creuse un nouveau sillon de son théâtre anthropologique, éternellement soucieux de donne à ressentir la porosité qui existe entre les savoir-faire. »